Phaéton de Lully en mars

6 mars 2020

Phaéton de Lully en mars

Entretien avec Éric Oberdorff, metteur en scène

Un mouvement perpétuel sur scène

 

Directeur de la Compagnie humaine, basée à Nice depuis 2002, Eric Oberdorff est chorégraphe et metteur en scène. Pour lui, Phaéton recèle des résonances toujours actuelles.

 

Que raconte pour vous Phaéton et à quoi êtes-vous sensible dans la musique de Lully ?

Ce qui m’interpelle, c’est le côté intemporel de l’ouvrage, avec une vision très contemporaine du pouvoir et le caractère psychanalytique d’une relation père-fils, mais également mère-fils. Phaéton pose la question de l’affirmation de soi face à un père écrasant, tout en interrogeant sur les rêves de jeunesse accomplis sans souci des conséquences et dans un plaisir immédiat, l’un des travers de notre époque. Les chœurs me touchent beaucoup, avec des moments clinquants, des instants suspendus et une certaine verticalité métrique que l’on retrouve dans les pulsations de la musique contemporaine. La répétition et l’ornementation laissent la place au mouvement et à l’imagination.

 

De quelle manière travaillez-vous avec les chanteurs ?

J’ai beaucoup d’expérience avec les chanteurs et j’ai intégré dès 2012 une chanteuse lyrique, la soprano Donatienne Michel-Dansac, à l’un de mes spectacles, Juana, présenté dans le cadre du Monaco Dance Forum. J’ai aussi monté un opéra en 2018 au festival d’Aix-en-Provence : Seven stones d’Ondrej Adamek. Je vais travailler ici avec Jérôme Correas sur le sens de l’œuvre, la justesse dans la diction, la direction d’acteurs et l’influence de l’état du corps sur l’interprétation et les émotions. Le mouvement sera quasi perpétuel sur scène.

 

Comment présenteriez-vous votre mise en scène ?

Le dispositif est à la fois simple et riche, avec un plateau tournant de 10 mètres de diamètre, pouvant s’incliner jusqu’à 40 %. Le décor de Bruno De Lavenère, avec qui je collabore depuis 2010, est sobre et épuré et les lumières de Jean-Pierre Michel vont sculpter les espaces et contribuer à la dramaturgie.

 

Vous dirigez la Compagnie humaine qui contribue au spectacle. Quel en est son principal objectif ?

La Compagnie humaine rassemble des artistes venant de différents horizons avec lesquels nous faisons des pièces interdisciplinaires basées sur le corps et le mouvement. Nous avons une volonté de démocratisation de la danse contemporaine, en intervenant dans des quartiers, auprès de jeunes, en milieu carcéral mais aussi dans des structures internationales. Cette diversité est importante pour mon équilibre, en tant qu’homme et en tant qu’artiste. La base de mon travail, c’est le rapport à l’autre et la façon dont l’individu trouve sa place dans la société. On pose des questions, on ouvre des pistes, même s’il n’y a pas forcément de réponses.

 

Par Christophe Gervot