Un bal du printemps

26 févr. 2020

Un bal du printemps

Du 17 au 26 avril, le Ballet Nice Méditerranée vous présente 3 pièces et fera une nouvelle fois la preuve de son talent

INVITATION À LA DANSE

De création en reprise, le Ballet Nice Méditerranée va de succès en succès et affirme sa place dans le paysage chorégraphique azuréen

 

Elle a brillamment passé le cap des dix ans d’existence l’automne dernier. Moyenne d’âge de ses danseurs, dans les vingt/vingt-cinq ans. La troupe des danseuses et danseurs de l’Opéra de Nice, qui a pour nom de scène Ballet Nice Méditerranée, se porte comme un charme.

Sur le fond comme sur la forme, elle poursuit un parcours qui a fière allure, avec des spectacles qui affirment l’ADN de la maison, tout en sachant aussi s’accorder des pas de côté. Nous sommes une compagnie de répertoire, souligne Eric Vu-An, le directeur artistique du BNM. Cela veut dire que notre profession de foi, c’est avant tout une danse vouée à l’excellence classique et néoclassique, sur pointes. Pour autant, une fois ce cadre posé, rien ne nous empêche de vibrer au diapason d’autres harmonies chorégraphiques, du moment qu’elles conservent un lien avec nos fondamentaux.

Dont acte avec le nouveau spectacle des danseurs niçois sur la scène de l’Opéra, en avril prochain. Dans ses lignes de mire, trois bijoux chorégraphiques ciselés comme une haute joaillerie couleur saphir et rubis. Licence poétique pour dire les trames bleues d’Allegro Brillante de George Balanchine et d’Oceana de Lucinda Childs, et la traînée de poudre rouge et noire qui embrase Le Ballet de Faust d’Eric Vu-An. Soit les trois opus qui vont sertir de leurs rameaux le printemps du BNM. Trois œuvres qui font déjà partie du catalogue de la compagnie, précise le même Eric Vu-An. C’est toujours exaltant de reprendre des pièces qui ont contribué à l’essor et à la notoriété de celle-ci. C’est comme si on poursuivait avec le public une conversation en se rappelant de bons souvenirs. Et puis, l’effectif de la compagnie se renouvelle aussi, au fil du temps, et donc ce sont parfois des danseurs novices qui apportent leur énergie et leur élan à ces œuvres. Au final, l’exercice a quelque chose d’un nouveau baptême du feu et se révèle très stimulant.

 

RHAPSODY IN BLUE

Fort de quoi, cet avril qui danse s’annonce comme une démonstration emblématique de la virtuosité du Ballet Nice Méditerranée.

Le BNM qui enchaîne les collaborations de luxe et s’offre le chic de passer de Claude Bessy, grande dame de l’Opéra de Paris, à Lucinda Childs, grande dame de la danse contemporaine. Claude Bessy était là cet automne pour remonter le ballet de Gene Kelly, Pas de Dieux, dont la formation niçoise a fait son miel et celui du public pendant les fêtes. Lucinda Childs lui a emboîté le pas pour la reprise printanière d’Oceana, cette création qu’elle avait signée en 2011 pour la compagnie de l’Opéra de Nice. On y voit une évocation du monde marin et des aurores boréales. Avec Oceana, Lucinda nous a offert un très beau poème chorégraphique, se félicite Eric Vu-An. Et d’une certaine façon, au détour d’une rêverie sur la mer, ce ballet entre aujourd’hui en résonance avec l’état de nos océans et la situation d’urgence dans laquelle ils sont.

Autre mouvement de la Rhapsody in blue du BNM en avril, Allegro Brillante de Balanchine et sa toile de fond azur immaculée. Comme Lucinda Childs, Balanchine est américain et son nom figure au panthéon des plus grands chorégraphes. Il a laissé un fabuleux héritage à la danse, a su la décaper de trop d’ornementations pour revenir à l’essentiel, dans une sorte de trait épuré, apollinien. C’est cet art à la flamboyance aérienne, quasi matissienne dans la vivacité de ses motifs, qui est au cœur d’Allegro Brillante, véritable manifeste pour un profond renouveau chorégraphique à l’époque de sa création, en 1956. Et même si leurs trajectoires n’épousent pas des inflexions similaires, on peut néanmoins se dire qu’il y a un je ne sais quoi de Balanchine qui s’immisce chez Lucinda Childs dans les plis secrets d’Oceana.

 

EN ROUGE ET NOIR

On quitte les nuances bleues du Nouveau Monde pour revisiter l’un des mythes les plus édifiants du Vieux Continent, la légende de Faust. Littérature, théâtre, opéra, cinéma, la danse s’est elle aussi souvent emparée de cette histoire d’un homme qui se laisse abuser par les séductions du Malin, parabole du bien et du mal, du vice et de la vertu.

Éric Vu-An, lui, en a tiré l’argument d’une chorégraphie, Le ballet de Faust, créée à Nice il y a deux ans (après une esquisse plus ancienne à l’Opéra de Marseille). Sur la musique de Gounod, extraite de l’opéra Faust, drapée dans un décor rouge et noir, l’œuvre sera de nouveau à l’affiche dans le cadre des rendez-vous d’avril du BNM. Une œuvre aux accents furieusement béjartiens, assumés comme tels par l’auteur qui fut l’un des interprètes de prédilection du maître de la danse moderne. C’est une influence que je peux revendiquer en toute légitimité, je crois, acquiesce Eric Vu-An. Dans Faust, Méphisto est un personnage complexe, ange déchu qui a vu la lumière avant sa damnation. Du coup, Faust et Méphisto sont pour moi comme les deux faces de la même médaille, ils incarnent un peu les tourments de l’être humain, sa dualité. J’ai essayé de représenter ça dans une danse volcanique et sensuelle.

 

Par Franck Davit