Entretien avec Olivier Py

23 janv. 2020

Entretien avec Olivier Py

Écrivain, acteur et metteur en scène, Olivier Py signe son 42e opéra avec La Dame de pique. C’est la première fois qu’il monte un opéra russe.

« Tout chef-d’œuvre est une énigme »

 

Qu’est-ce qui vous touche dans La Dame de pique ?

C’est la musique tout d’abord, et le fait que ce soit moins connu qu’Eugène Onéguine en France. La nouvelle de Pouchkine me fascine, comme le livret de l’opéra qui est une grande énigme à l’image de tout chef-d’œuvre. Hamlet et La Joconde ne sont-ils pas aussi des énigmes ? Je me réjouis de passer plusieurs mois à comprendre ce que cela nous raconte.

 

Quels sont les grands axes de votre dramaturgie ?

C’est une rêverie sur la Russie du XIXe siècle, mais aussi sur l’époque soviétique. Ce pays aussi est une énigme. Il y a également toute une projection biographique de Tchaïkovski dans le personnage d’Hermann, avec des thèmes à déchiffrer, comme l’horreur de la sexualité féminine, le démon du jeu et l’aspiration au morbide. Les tentatives de suicide ont été très présentes dans la vie du compositeur : c’est une œuvre très noire.

 

Quelle place les éléments surnaturels occupent-ils ?

Je ne pense pas qu’il y ait du surnaturel, contrairement à la nouvelle de Pouchkine qui est héritée d’Hoffmann. Le livret est plus psychotique et j’y vois plutôt des hallucinations. C’est au public qu’il appartient de choisir entre ces deux hypothèses.

 

Comment présenteriez-vous les décors de Pierre-André Weitz ?

C’est un décor urbain, à plusieurs étages, qui permet de figurer à la fois des lieux de l’inconscient, de l’imaginaire, et des espaces plus concrets. Il s’agit d’une énorme machine de théâtre.

 

De quelle manière dirigez-vous les chanteurs d’opéra par rapport aux comédiens ?

Je dirige les comédiens comme s’ils étaient des chanteurs d’opéra car les acteurs lyriques sont les seuls qui m’intéressent. Je n’ai aucun appétit pour le jeu naturaliste.

 

Vous avez monté en 2003 l’intégrale du Soulier de satin. La langue de Claudel a-t-elle nourri vos mises en scène d’opéras ?

Claudel est un grand lyrique et Le soulier de satin est un opéra parlé, mais je ne suis pas exclusivement claudélien, et Nietzsche comme Dostoïevski sont à mes yeux aussi importants. De plus, j’ai beaucoup travaillé sur l’opéra allemand lequel fait plutôt appel aux grands romantiques. Je reprends en ce moment Les Dialogues des Carmélites à Toulouse et, même dans ce répertoire français, Bernanos et Claudel ne sont pas les mêmes : le premier est le poète de l’absence de Dieu, de la nuit du Vendredi saint, tandis que le second est celui de l’éblouissement, de la nuit de Noël. Mais Claudel, à qui j’ai consacré un livre en 2018, fait partie de mes auteurs essentiels.

 

Vous dirigez le festival d’Avignon depuis 2014. Que représente pour vous le spectacle vivant aujourd’hui ?

C’est une oasis d’intelligence dans un monde qui devient de plus en plus bête, et une alternative aux écrans. Mais je pense que le monde du spectacle a beaucoup d’avenir…

 

Par Christophe Gervot