Quatre saisons pour un tango

2 janv. 2020

Quatre saisons pour un tango

Les 31 janvier et 1er février, l'Orchestre Philharmonique de Nice vous invite à un voyage dans l'univers du tango

D’Antonio à Astor

Entre Venise et Buenos Aires, une étreinte brûlante autour d’une œuvre double parrainée par Vivaldi et Piazzolla

 

Frédéric Chaudière est comme un chat. Il a tout plein de vies qui caressent son karma. Luthier, romancier et tanguero, il est tout cela à la fois et s’en porte comme un charme ! La preuve avec le spectacle qu’il a conçu et monté pour l’opéra de Nice, une création baptisée Quatre Saisons pour un Tango.

De quoi s’agit-il ? Entre concert et ballet, le spectacle chaloupe, cambré comme il se doit, pour épouser la passion du tango sous des formes originales pour ne pas dire inattendues et c’est tout ce qui fait le prix de cette belle surprise. « Dans les années 60, Piazzolla écrivait en hommage au classique éponyme de Vivaldi les Quatre Saisons de Buenos Aires », raconte Frédéric Chaudière. « Peu à peu, des musiciens ont voulu faire résonner les deux œuvres ensemble. Cela a notamment donné un très beau disque du violoniste Gidon Kremer et j’ai eu l’occasion de l’entendre en concert à Manchester, interprétant les huit saisons avec un orchestre de chambre. Aussitôt l’envie de danser sur ces airs m’a emporté, je me suis même dit que Vivaldi avait écrit son adagio du printemps pour des danseurs de tango».

Voilà comment, peu à peu, a pris forme la genèse d’un spectacle mêlant des harmonies baroques savantes et des voluptés musicales populaires. Un spectacle associant deux grands compositeurs dans un pas de deux torride et caressant. Après tout, se rappelle-t-on qu’à l’origine, le tango était souvent dansé entre hommes, par les clients des maisons closes de Buenos Aires ?

 

Création exclusive pour l’Opéra de Nice

Quoi qu’il en soit, luthier depuis trente-cinq ans, fou de tango, Frédéric Chaudière ne laisse pas retomber son enthousiasme.

Sur l’invitation du chef de l’Orchestre Philharmonique de Nice, György G. Ráth, il se lance dans l’écriture d’un projet qui fait écho à l’objet de son engouement. Ce sera Quatre Saisons pour un Tango.

 « Une création exclusive pour l’Opéra de Nice, où le Philharmonique interviendra en formation d’orchestre de chambre, avec vingt-deux musiciens », se réjouit Frédéric Chaudière. « Ils joueront les deux œuvres de Vivaldi et de Piazzolla (celle-ci dans les arrangements de Léonid Desyatnikov), enlacées l’une dans l’autre en quelque sorte. C’est-à-dire qu’on passera d’une saison de Vivaldi à celle de Piazzolla qui lui est équivalente, tressant ainsi les deux partitions ». Pour réussir ce pari, il a été fait appel au talent d’un compositeur contemporain, violon solo au sein de l’Orchestra of the Royal Opera House de Londres : Konstantin Boyarsky. Il a écrit les liens musicaux qui vont permettre à ces huit saisons de déployer en beauté toutes leurs séductions intrinsèques, dans un flux ininterrompu.

Mais ce n’est pas tout : loin de là !

 Concert aux sonorités qui s’annoncent envoûtantes, ces Quatre Saisons pour un Tango se doublent aussi d’un spectacle dansé, chorégraphié par… Frédéric Chaudière, véritable homme-orchestre et meneur du bal de ces sensuelles effusions latino-vénitiennes. « J’ai contracté le virus du tango à travers les activités de l’association Trans-Art, que nous avions créée par le passé avec Hubert Nyssen, fondateur des éditions Actes Sud, et Jacques Prat, violoniste virtuose. Notre credo était d’ouvrir des territoires où différentes disciplines artistiques pourraient se rencontrer et engendrer d’autres émotions culturelles. Le tango s’est greffé à ma vie par ce biais-là. Il a pincé en moi une autre corde sensible que celle des violons que je fabrique en tant que luthier ».

 

Des notes et des êtres

Tout à ses affinités électives, la main heureuse pour faire sonner les bois précieux et le pied langoureux au son du bandonéon, celui qui a plus d’un rythme dans la peau a ainsi invité d’autres électrons libres à se joindre à lui.

Ensemble, ils ont ciselé la matière du spectacle présenté cet hiver à l’Opéra de Nice. « Quatre danseurs et une comédienne danseuse et musicienne donnent à la distribution ses accents les plus fiévreux », explique Frédéric Chaudière. « Deux des danseurs, Natacha Lockwood et Andrés Molina, évolueront en mode tango, les deux autres, Noémie Ettlin et Victor Virnot, au gré d’une écriture chorégraphique contemporaine. Sœur jumelle de Natacha, toutes deux filles du violoniste Didier Lockwood, la comédienne Sarah Lockwood, elle, interprètera un rôle aux multiples avatars. Une histoire va s’esquisser sur les pas de ces différents protagonistes, comme un écho aux histoires d’orchestre que je raconte dans mes romans. Ces séquences dansées s’articuleront ponctuellement aux plages musicales. Grâce à ce matériau, j’espère saisir la chronique intime de ce qui fait palpiter des notes et des êtres à l’unisson ».

 

Milonga pour tout le monde !

Après le spectacle, Frédéric Chaudière donnera le coup d’envoi d’une  milonga pour que le public puisse à son tour danser le tango à l’Opéra.

Andrés Molina, l’un des danseurs de la distribution, se transformera en DJ spécialisé tango pour accompagner le bal.

 

Par Franck Davit