Entretien avec Daniel Benoin

30 déc. 2019

Entretien avec Daniel Benoin

Le metteur en scène de Così fan tutte en janvier à l'Opéra de Nice nous partage sa vision de l’œuvre

Comme si c’était le tournage d’une série de télévision !

Par André Peyrègne

 

Après avoir mis en scène Les Noces de Figaro et Don Giovanni lors des deux saisons passées, Daniel Benoin monte cette année Cosi fan tutte, le dernier des trois opéras de Mozart composés sur un livret de Lorenzo da Ponte.

 

Votre mise en scène de Cosi fan tutte est-elle dans la continuité des Noces de Figaro et de Don Giovanni ?

Oui, les trois se passent entre 1787 et 1790 à la veille de la révolution française. Cette fois-ci,  j’ai conçu ma mise en scène comme si on assistait au tournage d’une série de télévision qui se déroulerait dans le décor des Noces de Figaro et, bien sûr, en costumes du XVIIIe. On voit une équipe s’installer avec son réalisateur, ses techniciens, ses machinistes, son matériel, ses costumes, ses accessoires. Il y aura donc deux types de personnages sur scène : ceux qui appartiennent à la production de télévision et ceux qui appartiennent à la distribution de l’opéra de Mozart proprement dit. Mais bien sûr, ces derniers appartiennent aux deux époques. Au fur et à mesure du déroulement du spectacle, les « comédiens-chanteurs » appartiennent alternativement à l’équipe de tournage et à l’intrigue de l’opéra de Mozart. Ils pourront avoir des affinités différentes entre eux suivant qu’ils se trouvent dans l’une ou l’autre situation.  

 

Quel rôle jouera le personnage de Don Alfonso qui, dans « Cosi fan tutte », est au centre de l’intrigue ?

Il sera le metteur en scène, le directeur d’acteurs du tournage de la série télévisée. 

 

Le personnage du réalisateur de cette série télévisée sera un personnage à part ?

Oui, ce sera mon ami Paulo Correia qui jouera le rôle du réalisateur de film de télévision en faisant le montage des images en direct. Un rôle muet, certes, mais très actif. On assistera à un jeu permanent entre lui qui appartient à notre époque et Don Alfonso qui est à la fois metteur en scène et « comédien-chanteur » : la production n’étant pas très riche il fait les deux ! Dans cette mise en scène, il y aura un échange constant entre les mondes d’aujourd’hui et d’hier et l’on s’apercevra que les deux héroïnes de l’opéra de Mozart, Fiordiligi et Dorabella, autour desquelles se construit l’intrigue, sont des femmes étonnamment modernes.

 

Dans l’opéra de Mozart, la soubrette Despina, est complice de Don Alfonso pour faire avancer l’intrigue. Quel rôle aura-t-elle dans votre mise en scène ?

Elle sera l’assistante du réalisateur de télévision, en tant que scripte, et jouera en plus son propre rôle de  soubrette alliée à Don Alfonso dans l’intrigue de l’opéra de Mozart.

 

Comment travaillez-vous pour préparer votre mise en scène ?

D’une part, je lis de multiples fois le livret (en français, car je ne parle pas italien!) afin d’en découvrir les détails, les ressorts et les subtilités. D’autre part, j’écoute longuement la musique, seul, au casque, dans le calme, afin de m’en imprégner totalement. La musique de Mozart me fait rêver !

 

Regardez-vous des vidéos d’autres metteurs en scène ?

Non, car je ne veux pas me laisser influencer. Je veux produire un travail personnel.

 

Aviez-vous déjà vu des représentations de Cosi fan tutte sur des scènes d’opéra ?

Oui, deux fois, au Festival d’Aix-en-Provence : la première était de Patrice Chéreau qui déroulait son action sur un plateau de théâtre; l’autre était de Christophe Honoré qui situait l’action dans un décor sub-saharien où se rencontraient une armée coloniale et des touaregs. J’avais trouvé cette idée très bonne au départ mais elle ne fonctionnait pas jusqu’au bout. (NDLR : La mise en scène de ce spectacle, donné en 2016, fut copieusement huée).

 

Préférez-vous mettre en scène un opéra de Mozart ou un opéra de Puccini comme La Bohème , dont on se souvient de votre mise en scène à l’opéra de Nice?

Je me sens davantage attiré par les opéras italiens qui me procurent une émotion immédiate et qui évoluent dans un monde « vériste » proche du théâtre. Mozart, a priori, m’était plus étranger. Je m’y suis intéressé par le théâtre car Beaumarchais et Molière sont à la base des Noces de Figaro et de Don Giovanni. J’ai alors découvert la splendeur d’une musique que j’ignorais.

 

Allez-vous continuer dans la mise en scène d’opéra ?

Oui, à l’heure actuelle où dans les théâtres on met en scène des pièces avec seulement deux ou trois personnages, les opéras me permettent d’avoir davantage de monde sur scène et de favoriser mon plaisir premier : le visuel. Si je suis venu à la mise en scène, c’était pour monter des spectacles dans lesquels l’image était reine. J’avais l’impression de peindre. Je suis venu au texte progressivement. L’opéra permet cela tandis que le théâtre de moins en moins. Au cours de la saison, je monterai aussi ma version de Madame Butterfly  à l’Opéra d’Avignon.