Ballets de décembre

6 nov. 2019

Ballets de décembre

Pour les Fêtes, le Ballet Nice Méditerranée s’envole vers le pays de la comédie musicale, avec un spectacle où brillent les noms de deux chorégraphes stars : Gene Kelly et Jerome Robbins.

Entre Broadway et Hollywood

 

Soufflerait-il un air de La La Land sur l’Opéra de Nice fin décembre ? En tout cas, l’esprit du « musical » comme on dit en Amérique pour désigner les spectacles chantés et dansés, sera bel et bien de la partie ! Entendez par là que pour son traditionnel rendez-vous avec le public au moment des Fêtes de fin d’année, le Ballet Nice Méditerranée a opté pour une formule qui devrait ravir grands et petits : reprendre deux joyaux chorégraphiques ciselés par deux des personnalités du monde de la danse et du spectacle les plus charismatiques du XXe siècle. Deux personnalités qui, au cours de leurs carrières respectives, ont travaillé pour l’usine à rêve hollywoodienne, où ils ont fait sensation, chacun à sa façon. À l’affiche, cela donne En sol de Jerome Robbins et Pas de Dieux de Gene Kelly.

En somme, le nec plus ultra d’une certaine idée de la danse qui savait à la fois faire son miel de l’héritage classique et de sa rigueur tout en la passant au filtre d’une énergie très moderne. Pour emporter le BNM sur des chaussons ardents, l’Orchestre Philharmonique de Nice sera dans la fosse, sous la direction de Léonard Ganvert.

 

DEUX GÉANTS

Emmenée depuis dix ans par son mentor Eric Vu-An, la compagnie niçoise, qui a déjà interprété ces deux ballets, a su se glisser dans les pas de ces géants avec brio : Gene Kelly avec Chantons sous la pluie notamment et Jerome Robbins via West Side Story. L’un et l’autre représentent une quintessence de l’art de la comédie musicale américaine, se sont illustrés aussi bien pour des productions à Broadway qu’à Hollywood et leur talent les a portés bien au-delà de cette seule sphère. En reprenant leur flambeau le temps d’une incursion vers la magie de leur travail, le BNM met en lumière l’héritage de Kelly et Robbins, avec la grâce et le panache dont les deux hommes étaient coutumiers. Jerome Robbins est devenu danseur auprès d’un maître légendaire, George Balanchine, défricheur d’un langage chorégraphique au néoclassicisme aussi soyeux qu’épuré. Il a succédé à ce dernier à la tête de l’emblématique New York City Ballet dans les années 80, pendant six ans. Sous les sunlights de la MGM, Gene Kelly s’est forgé un style bondissant et joueur, athlétique et romantique. Il a donné à la danse au cinéma les inflexions d’une fête foraine étourdissante, d’un art aux phosphorescences magnétiques. Bateleurs géniaux d’une démocratisation du ballet, Kelly et Robbins en ont déployé la dynamique dans un multiple jeu d’influences (danse jazz, moderne, classique, cabaret, comédie musicale,…), qui apporte toute sa saveur à leur travail chorégraphique. Dans des styles différents, En Sol et Pas de Dieux sont faits de ces élans polychromes.

 

ROBBINS, RAVEL, ERTÉ

Fêter Noël à la plage, c’est ce que nous propose le BNM avec En Sol ! L’argument plante le décor du ballet au bord de la mer. Nous voilà en compagnie d’une joyeuse communauté de baigneurs, une rencontre va se nouer entre une naïade et un triton. Jerome Robbins a imaginé cette chronique d’un amour balnéaire sur la musique qui donne son titre à la chorégraphie, le concerto En sol de Ravel.

Délicieusement frivole, légère et aérienne, la chorégraphie s’amuse et jongle entre pas et postures où swinguent allégrement des accents jazz et néoclassique. Elle a d’abord été créée par Suzanne Farrell et Peter Martins à New York en mai 1975, avant d’être reprise à l’Opéra de Paris en décembre 1975 par un quatuor d’étoiles : Ghislaine Thesmar et Jean Guizerix, Wilfride Piollet et Jean-Yves Lormeau. Côté décor et costumes, était à l’oeuvre le dessinateur Erté. Les danseurs niçois évolueront dans ce même écrin scénographique. Pour les accompagner au piano : Roberto Galfione.

 

LA GRÂCE KELLY…

En 1960, sur le Concerto en fa de Gershwin, Gene Kelly crée un ballet pour l’Opéra de Paris : Pas de Dieux. Les divinités de l’Olympe s’ennuient du haut de leur immortalité. Elles décident de se jeter dans la mêlée humaine. L’amour et le désir vont chambouler la donne de ce libertinage. La danseuse étoile Claude Bessy avait été la première à interpréter le rôle féminin principal du ballet. Sollicitée par Eric Vu-An, elle a remonté Pas de Dieux à Nice, en 2011.

« En reprenant ce spectacle », précise ce dernier, « c’est d’abord une façon de saluer l’immense Claude Bessy, grande dame de la danse. C’est aussi une plongée dans une flamboyance chorégraphique très hollywoodienne, à la tonalité festive et haute en couleurs, avec les décors originaux d’André François et leur prisme en technicolor ». Et de fait, Pas de Dieux fleure bon la gouaille gracieuse du « bougé » Gene Kelly. Le tout pétille, irrésistiblement !

 

Par Franck Davit