Entretien avec Jean-Efflam Bavouzet

4 nov. 2019

Entretien avec Jean-Efflam Bavouzet

Le pianiste sera sur la scène de l'Opéra lors du concert des 6 et 7 décembre

Né en 1962 à Lannion, le pianiste Jean-Efflam Bavouzet est lauréat de plusieurs grands prix internationaux.
Sa brillante carrière le conduit dans le monde entier. Ses enregistrements et son engagement en concert, sont unanimement salués par le public et la critique.

 

Quand votre vocation de pianiste concertiste s’est elle dessinée ?

Quand vers l’âge de 16 ans, j’ai pu jouer la Toccata de Schumann au tempo que je souhaitais.

Quelles sont vos rencontres déterminantes et en quoi vous ont-elles marqué ?

Je dois beaucoup à Pierre Sancan. Il m’a appris à concevoir le piano comme un orchestre et comment travailler seul. Alexander Edelman m’a aussi apporté en ce qui concerne la production du son. Le physiothérapeute Philippe Chamagne m’a permis de comprendre le fonctionnement de ma main, de mon bras et de tout le corps par rapport au piano. Il y a aussi Zoltan Kocsis pour l’intensité de l’expression, Vladimir Horowitz pour la fantaisie, Pierre Boulez pour la clarté, Karlheinz Stockhausen pour la rigueur ou Sir Georg Solti pour la vitalité et l’énergie.

Vous préférez jouer en récital, en soliste avec orchestre ou en musique de chambre ?

En récital solo, il y a plus de liberté donc mais aussi plus de responsabilité ! Jouer en musique de chambre avec des partenaires complices est un bonheur, comme jouer un concerto avec un chef inspirant. J’aime aussi diriger du piano. Le lien avec l’orchestre est plus étroit car il doit être encore plus à l’écoute.

Vous aimez interpréter des intégrales. Que vous apporte cette vision globale de l’œuvre d’un compositeur ?

Parcourir une intégrale en profondeur permet une vue globale, comme le large panorama que l’on peut observer du haut d’une montagne. Chaque œuvre y prend sa place. On peut suivre toute l’évolution du langage d’un compositeur. C’est passionnant !

Votre répertoire balaie les époques jusqu’à la musique de notre temps. Comment expliquez-vous cette soif de découverte ?

Quand un compositeur, comme Bruno Mantovani ou Jörg Widmann (et tant d’autres), est capable de vous faire découvrir de nouveaux horizons et perspectives sonores. On comprend comment Beethoven, Debussy ou Bartók par exemple ont, eux aussi, emmené leurs contemporains vers des terres inconnues jusqu’alors.

Vous allez interpréter le Concerto n° 3 de Bartók. Que diriez-vous de ce compositeur et de cette œuvre ?

J’ai eu la chance de le travailler avec son créateur Gyorgy Sandor. A part son sublime Adagio religioso, c’est un concerto  très énergique, moins âpre et radical que le premier et moins virtuose que le deuxième.
Sentant sa fin prochaine, le compositeur rend hommage à ce qu’il a aimé dans sa vie : le folklore de sa Hongrie natale, la nature, Bach, Haydn, Beethoven...

Les principales sources de votre motivation ?

Être heureux est un travail quotidien, c’est la raison pour laquelle je suis musicien.

 

Par Philippe Depetris