"Eh bien allez, dansez maintenant "

7 oct. 2019

Le Ballet Nice Méditerranée sur la scène de l'Opéra du 18 au 27 octobre

Travailler sans relâche pour enchanter de plus belle : dans leur métier, qui est un art, il faut savoir être cigale et fourmi. Les danseuses et les danseurs du Ballet Nice Méditerranée le réussissent à merveille.

 

Ils ont démarré leur nouvelle saison au Théâtre de Verdure avec Cassandra. Leur tournée les emmènera ensuite en Avignon où ils interprèteront l’Arlésienne et les 5 Tangos.

Pour la circonstance, on les retrouvera à l’œuvre dans deux nouvelles pièces chorégraphiques qui font leur entrée au répertoire de la compagnie, Démons et merveilles de Julien Guérin et Le rendez-vous de Roland Petit, ainsi que dans une reprise, Vespertine de Liam Scarlett. Trois ballets qui se déploient autour de l’excellence néoclassique de la troupe niçoise et qui, au-delà de leurs différences, partagent néanmoins un point commun ténu. Abstraite ou narrative, l’argument de chacun d’eux intègre dans sa trame la magie du soir, comme des variations tissées à même l’étoffe d’une infinie rêverie.

 

UNE CRÉATION AU PARFUM DE CINÉMA

L’éclat vespéral de cette tonalité aux accents poétiques et rêveurs prend tout son sens à la lumière de Démons et merveilles. Une chorégraphie inspirée du film Les Visiteurs du Soir de Marcel Carné, tourné à Nice aux studios de la Victorine en 1942.

En écho à l’Odyssée du Cinéma qui, jusqu’à la fin 2019, réunit des musées de la ville dans une programmation axée sur le 7e Art et les 100 ans de la Victorine, Eric Vu-An, le directeur du BNM, a imaginé qu’un ballet pourrait naître de ce long métrage au halo romantique et médiéval.

Il en a proposé l’écriture à un jeune chorégraphe, Julien Guérin, qui est aussi l’un des danseurs des Ballets de Monte-Carlo.

Voilà comment est né Démons et merveilles, une création exclusive pour le Ballet Nice Méditerranée. Son titre évoque la chanson éponyme que l’on entend dans Les visiteurs du soir, signée par le duo Prévert / Kosma. « J’aime ce qu’a fait Julien Guérin à partir de ce matériau cinématographique », explique Eric Vu-An. « Je connaissais déjà son langage chorégraphique, je trouve qu’il a du talent. Un dialogue s’est instauré entre nous pour donner à cette transposition une couleur, plus évocatrice que littérale ».

Joués par Arletty et Alain Cuny dans le film, le Diable envoie deux de ses émissaires aux fiançailles de la fille d’un châtelain pour semer le désordre amoureux, mais Gilles/Alain Cuny va réellement se prendre au jeu des sentiments. Sur ce canevas qui lui offre son point de départ, Démons et merveilles brode ses propres motifs et palpite, entre danse et cinéma…

 

AUX PORTES DE LA NUIT

Autre variation sur le même thème, la rencontre amoureuse est elle aussi au cœur du ballet Le Rendez-vous, signé Roland Petit. Toutefois, les choses se passent ici sous un éclairage différent, dans le Paris bohème de l’après-guerre. Avec L’Arlésienne, Le Rendez-vous est la deuxième incursion du BNM vers une chorégraphie de Roland Petit.

Il s’agit d’une oeuvre de jeunesse où, comme pour Démons et merveilles, le leitmotiv du cinéma apparaît en filigranes. Du poème de Prévert qui offre son argument au ballet, Marcel Carné a en effet tiré la substance de ce qui deviendra Les portes de la nuit, un film avec Yves Montand. Le ballet porte en lui cette fameuse touche de « réalisme poétique » qui était la marque de fabrique du cinéma de Carné.

Créé en 1945, Le Rendez-vous baigne dans cette atmosphère onirique, infuse dans un clair-obscur. Au sortir du conflit mondial, il est comme la métaphore du climat qui régnait alors en France, entre la fièvre de vivre et le spectre de l’effroi encore au fond des cœurs. « J’ai dansé autrefois le rôle masculin principal », rappelle Éric Vu-An. « Toute cette année, la vie culturelle niçoise vogue sous pavillon Odyssée du Cinéma, il m’a semblé opportun de programmer ce chef-d’œuvre de Roland Petit dans ce contexte. Et puis, c’est également une façon de saluer la mémoire de Joseph Kosma, le compo siteur de la musique du ballet et du film, dont on célèbre le 50e anniversaire de la disparition en 2019 ».

Dans ces reflets d’une danse aux lueurs de lanterne magique, le ballet Vespertine, du chorégraphe anglais Liam Scarlett, miroite à la lumière d’autres sortilèges. Argument abstrait où seule compte la musicalité des gestes et des pas, il brille par ses audaces baroques, sur des rythmes d’Arcangelo Corelli. Écrit à l’origine pour le Norwegian National Ballet en 2013, Vespertine a ensuite été dansé notamment par le BNM qui, par la qualité de son interprétation, en a fait l’un des joyaux chorégraphiques de son catalogue d’œuvres.

 

Par Franck Davit